• Couleur des Gilets Jaunes et de Poufsouffle.

     

    A.S. 2019-03-13

     

     

     

    §0 Pastoureau, historien de référence pour les couleurs, a été évidemment consulté sur la couleur jaune des Gilets Jaunes. Au delà de l’idée – géniale – d’utiliser un article voyant que tout automobiliste doit avoir (et le prix du carburant a été au début le thème essentiel), on pouvait effectivement se demander si la couleur avait une valeur propre - dans la conscience ou la subconscience de ses promoteurs, ou dans celle du public.

     

    Source : www.liberation.fr

     

    Interview de Michel Pastoureau par Catherine Calvet, 2018-12-05

     

    L’exposé de Pastoureau suggère plusieurs pistes.

     

     

     

    §1 Première piste, le choix par défaut. « Toutes les couleurs de base sont déjà prises », observe Pastoureau. Ne reste que le jaune, alors même que « dans toutes les enquêtes d’opinion sur la notion de "couleur préférée", partout en Europe, le jaune est cité en dernier parmi les six couleurs de base ».

     

     Effectivement dans la contre-offensive médiatique contre le mouvement, quand il s’est agi de nier sa singularité politique, on a vu surgir la symbolique politique des couleurs : les Gilets Jaunes sont en fait des bruns (extrême-droite), des rouges (extrême-gauche), ou, pire, des rouges-bruns.

     

     

     

    §2 Seconde piste, le bas statut de la couleur jaune, qui s’accorde avec l’usage modeste du gilet de sécurité. Il convient ici de rappeler une anecdote. « Lors de l’été 2008, Karl Lagerfeld avait (...) prêté son image à une campagne de communication de la Sécurité Routière, qui venait d’imposer la présence d’un gilet jaune (...) dans les coffres de toutes les voitures de France. Il suffisait de lire le slogan pour avoir dans l’oreille l’inimitable accent germanique de Karl Lagerfeld : " C’est moche, c’est jaune, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie" »[1]. C’est un classique de la rébellion que de prendre comme marque un élément méprisé. Mais ici ce n’est pas la reprise en défi d’un terme venu de l’adversaire, comme pour les « Gueux » de la révolte des Pays-Bas, c’est un élément choisi.

     

     

     

    §3 Troisième piste. Pastoureau nous rappelle que « le jaune incarne le mensonge et la tromperie. Au reste, il s’agit aussi bien des trompeurs (des "casseurs de grève", par exemple) que des trompés (les maris cocus au théâtre) ». Mais quand l’interviouveuse demande si “Les gilets jaunes aujourd’hui sont plutôt du côté des trompés”, Pastoureau n’en est pas convaincu. À raison sans doute - il observe plus loin : « C’est une couleur nouvelle en politique et beaucoup de gens ignorent sa symbolique négative liée à la trahison. ».

     

     

     

    §4 On proposera ici une quatrième piste. Le jaune est une couleur chaude, et de forte visibilité, mais c’est une couleur peu saillante,  du fait de sa clarté « essentielle » – la couleur jaune ne correspond qu’aux nuances les plus claires de la teinte (les nuances sombres de la même teinte relèvent de la couleur brune) et d’effets psychophysiques. Ceci lui donne une affinité avec un mouvement sans fantasmes grandioses (préoccupé « plutôt par la fin de mois plutôt par la fin du monde »), et lié à des catégories « modestes ». Un des aspects du mouvement a été une entrée en politique des travailleurs subalternes[2], avec par exemple une présence remarquée des caristes et des aides-soignantes. Ces catégories ne relèvent pas d’une lumpen-petite bourgeoisie selon le concept utilisé par Jacques Julliard, à contre-sens par rapport au concept de lumpen chez Marx[3]. Elles ne sont pas marginales par rapport à l’organisation du travail (de l’hôpital ou de l’atelier, par exemple) et encore moins marginales éthiquement (en fait leurs tâches ne sont pas d’une haute technicité, et les qualités professionnelles correspondantes seront avant tout des qualités morales). Elles sont intégrées, mais avec un statut modeste.

     

     Pastoureau aurait plutôt pensé, pour un nouveau mouvement,  à l’orange, comme dans la « révolution orange » d’Ukraine. Mais la couleur saillante qu’est l’orange ne convenait pas à l’étrange « soulèvement des modestes ».

     

     

     

    §5 Pastoureau insiste sur l’opposition entre l’or, jaune brillant, et le jaune ordinaire (non brillant, ou sans spécification de brillance). « À  partir du XIIe siècle, l’or devient peu à peu le bon jaune, signe de richesse, de beauté, de prospérité. Il est associé au culte divin et renvoie au sacré. Il ne reste au jaune ordinaire que les aspects négatifs : mensonge, hypocrisie, trahison. On pourrait dire que le responsable du "mauvais" jaune, c’est l’or. »

     

     Cette même opposition ne peut qu’aider le jaune à devenir la couleur modeste. Et il n’a pas fallu longtemps pour voir opposer les gilets jaunes aux gilets dorés. Un exemple entre autres : Jack Dion, Marianne, 2019-01-25: « À défaut de débattre avec des ‘gilets jaunes’, Emmanuel Macron a invité au château de Versailles les ‘gilets dorés’ de la finance internationale, à l’occasion de la deuxième édition d’un salon baptisé Choose France ».

     

     

     

    §6 Qui s’intéresse à la mythologie fictionnelle moderne pense ici aux couleurs des Maisons de Poudlard. Le mythe pottérien créé par Rowling associe une couleur propre à chacune des quatre Maisons de Poudlard ; c’est la couleur de la bannière de la Maison, et aussi la couleur des robes de ses élèves (sorciers et sorcières portent habituellement des robes).

     

     La couleur jaune est attribuée à la Maison Poufsouffle (en v.o. Hufflepuff).

     

    Sur quoi repose donc la différenciation des quatre Maisons ? Exclusivement sur des traits de la personnalité des élèves, traits qui sont magiquement décelés à leur arrivée au Collège par le Chapeau Répartiteur (« Sorting Hat » ; le « Choixpeau Magique » dans la version française). Le principe de la répartition des élèves tel qu’il est exposé par le Choixpeau Magique lui-même (HP1:120-121) – c’est nous qui soulignons :

     

     

     

    « Mettez-moi donc sur votre tête

     

    Pour connaître votre maison.

     

    Si vous allez à Gryffondor

     

    Vous rejoindrez les courageux,

     

    Les plus hardis et les plus forts

     

    Sont rassemblés en ce haut lieu.

     

    Si à Poufsouffle vous allez,

     

    Comme eux vous s’rez juste et loyal

     

    Ceux de Poufsouffle aiment travailler

     

    Et leur patience est proverbiale.

     

    Si vous êtes sage et réfléchi

     

    Serdaigle vous accueillera peut-être

     

    Là-bas ce sont des érudits

     

    Qui ont envie de tout connaître.

     

    Vous finirez à Serpentard

     

    Si vous êtes plutôt malin,

     

    Car ceux-là sont de vrais roublards

     

    Qui parviennent toujours à leurs fins. »

     

     

     

    Le jaune est donc attribué à une Maison dont le correspondant social idéal est assez précis[4]: des travailleurs modestes dont les qualités propres sont morales.  

     

    Les Gilets Jaunes, c’est le soulèvement de Poufsouffle. 

     

     

     

    §7 La conformité de la répartition des qualités des Maisons de Poudlard au schéma quadrifonctionnel indo-européen saute aux yeux. Gryffondor est la maison de la bravoure – voici la fonction F2. À Serdaigle appartiennent sagesse, savoir et réflexion : on est dans F1. Ceux de Serpentard ont des qualités ambiguës d’ambition et de ruse, en elles-mêmes extérieures à l’ordre, donc F4, avec une note négative d’absence de scrupules. À Poufsouffle on est loyal, travailleur, patient : qualités de la troisième fonction, F3.

     

     

     

    §8 De ces qualités de troisième fonction on peut passer aisément à des qualités politiques de docilité sociale et de déférence. On les retrouve dans les pensées indo-européennes anciennes[5], et on ne peut éviter de noter que Poufsouffle, dans le récit pottérien, est la Maison dont le rôle est de loin le moins marquant. Certes il est logique que le rôle de F3 soit moins marquant que celui de F2 dans un récit épique de combat. Reste qu’on peut penser à un soubassement idéologique élitiste, reprenant dans une fiction juvénile du vingtième siècle un très ancien thème, dont les Gilets Jaunes marquent alors le rejet.

     

     

     

    §9 Si les Maisons de Poudlard suivent étroitement le modèle quadrifonctionnel indo-européen, en revanche la symbolique fonctionnelle des couleurs qui apparaît dans le mythe pottérien ne peut être héritée simplement et directement des anciens schémas indo-européens, du fait que le système conceptuel des couleurs de l’Europe moderne est lui-même très différent de celui qu’on peut reconstituer pour l’époque indo-européenne commune.

     

    Notre étude (La Quatrième Fonction, 2012, chapitre V) nous a amenés à restituer une palette indo-européenne comprenant quatre couleurs fondamentales: le blanc, le rouge – deux couleurs assez proches des blanc et rouge du système occidental moderne - le “syame” regroupant les couleurs foncées et froides, le “chlore  correspondant à peu près au jaune et au vert (et au blanc impur). Pour avoir une idée plus précise de cette structure, se reporter au billet antérieur La palette quadrichrome des Indo-Européens. Ces quatre couleurs étaient associées aux quatre fonctions F1, F2, F3, F4.

     

    Deux des onze couleurs fondamentales de l’Occident moderne, le jaune et le vert, peuvent être considérées comme héritières de la couleur “chlore” indo-européenne, associée à la quatrième fonction, et elles ont effectivement hérité de la symbolique de cette fonction, du moins pour une part – une part s’affaiblissant au cours du dernier siècle. Si le vert a gardé chez Rowling des connotations du “chlore”, ce n’est pas le cas général dans les esprits contemporains. La vague de la sensibilité écologiste l’a associé fortement à des valeurs de vie. Le jaune qui avait gardé certaines connotations du “chlore” semblent les perdre dans la période actuelle.

     

    Que Rowling ait assigné le vert à la maison F4, Serpentard, peut être considéré comme un fossile de la symbolique indo-européenne des couleurs, qui dans la culture occidentale contemporaine semble dans la dernière phase de son exténuation.

     

     Le jaune de Poufsouffle a lui une motivation moderne de modestie.

     

     

     

     

     

     

     



    [1] La Voix du Nord, 2019-02-19.

    [2] Bien entendu, nous ne prétendons pas ici faire une sociologie de la « fièvre jaune ». Nous ne considérons qu’un de ses aspects sociaux, mais un aspect remarquable.

    [3] Jacques Julliard, « Lexique de la fièvre jaune », Marianne, 2018-12-07

    [4] Ce qui n’est pas général. En particulier Gryffondor renvoie à des catégories socio-professionnelles variées.

    [5] Y compris s’agissant de personnages héroïques incarnant la troisième fonction. Ainsi dans le Mahâbhârata, les jumeaux Nakula et Sahadeva, Pāndavas de troisième fonction selon l’analyse de Dumézil  (Mythe et épopée I, chapitre II). Les textes « mettent en valeur leur docilité et leur serviabilité : ils sont "obéissants envers leurs maîtres"». (p. 65)

     


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  • Spengler et les fonctions indo-européennes.

     

     

     

    §1  L'oeuvre majeure d'Oswald Spengler Le déclin de l'Occident (en v.o. Der Untergang des Abendlandes) comporte un chapitre intéressant dans la perspective des structures mentales indo-européennes. Il s'agit du chapitre IV de la seconde partie, intitulé: « L'Etat » (p 299 à 404 du second tome dans la traduction française qu’en fit le philosophe algérien Mohand Tazerout chez Gallimard, 1948); chapitre qui fit d'ailleurs l'objet d'une édition séparée.

     

     

     

    §2 Spengler y reprend la structure des trois ordres du schéma occidental classique, mais complétée par un quatrième, obtenant ainsi un schéma quadriparti qu’il considère, suivant sa thèse fondamentale, comme valide pour toutes les « cultures ». 

     

    Il y a d’abord les « ordres primaires » de  la noblesse et du clergé, celui-ci étant par rapport à la noblesse un contre-ordre « disant partout Non où la noblesse disait Oui, et mettant ainsi en relief l’autre côté de la vie par un grand symbole » (p 330) ; « la noblesse vit dans un monde de réalités, le prêtre dans un monde de vérités ; l’un est connaisseur, l’autre savant ; l’un acteur, l’autre penseur» (p 307).

     

    Ensuite il y a « le troisième ordre » [c’est à dire, p 330] « la protestation en forme d’ordre contre la nature de l’ordre, d’ailleurs non contre tel ou tel ordre, mais contre la forme symbolique de la vie en général. Il rejette toutes les distinctions qui ne sont pas justifiées par la raison ou par l’utilité ; mais il "signifie" quand même quelque chose avec une clarté complète : il est comme ordre la vie citadine opposée à la vie rurale, il est la liberté comme ordre par opposition à l’enchaînement. Mais considéré de son propre point de vue, il n’est nullement le reste qu’il semble être lorsqu’on le considère du point de vue des ordres primaires. La bourgeoisie a des limites ; elle appartient à la culture ; elle embrasse [...] tous ceux qui lui appartiennent, et elle les embrasse sous le nom de peuple, populus, demos, par quoi elle y intègre la noblesse et le clergé, l’argent et l’esprit, l’artisanat et le salariat, comme des parties composantes particulières. 

     

    Ce concept, la civilisation[1] le trouve tout fait et elle le détruit par le concept du quatrième ordre, de la masse, qui rejette par principe la culture et ses formes organiques. La masse est l’informe absolu, qui poursuit avec haine chaque espèce de forme, toutes les différences de rang, la propriété constituée, le savoir constitué. C’est le nouveau nomadisme des villes mondiales, pour lequel les esclaves et les Barbares dans l’antiquité, le tschoudra[2] dans l’Inde, tout ce qui est humain, forment également un je ne sais quoi de flottant qui est entièrement séparé de ses origines, qui ne reconnait pas son passé et qui ne possède aucun avenir. Le quatrième ordre devient ainsi l’expression de l’histoire qui aboutit à la non-histoire. La masse est la fin, le radical néant. »

     

     

     

    §3 Il est difficile de ne pas reconnaître ici une structure quadrifonctionnelle indo-européenne.

     

    La quatrième fonction convenait doublement à la vision spenglérienne d’une “culture” qui en son hiver est dominée idéologiquement par la haine envers toute “espèce de forme” (F4 comme non-Ordre) et sociologiquement par les analogues des “tchoudras” indiens (inférieurs socialement mais aussi extérieurs à la culture,  en position F4).

     

     

     

     

     



    [1]   La « civilisation » correspond dans le système spenglérien au dernier stade du cycle d’une culture, à son « hiver ».

    [2] Le tchoudra, sanscrit śūdra, correspond au quatrième varṇa du système brahmanique, faisant suite aux trois varṇa  « aryas » : les brahmanes (prêtres), les  katriya  (guerriers) et les vaiśya (producteurs). Les śūdra sont inférieurs, voués à être les serviteurs des autres, et  aussi extérieurs, étant exclus du culte et de l’initiation qui fait, des membres des varṇa supérieurs, des « deux fois nés ». » Les śūdra constituent, dans le système des varṇa, le terme de quatrième fonction. Voir Sauzeau & Sauzeau, La Quatrième Fonction, 2012, chapitre I.

     

     

     


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    Le Roi et le Voleur, une série bouddhique théravadine.

     

     

     

    §0 Un texte du canon théravadin.

     

     

     

    Le Dīgha-nikāya (Dīgha = long, nikāya = recueil), ou collection des longs discours (du Bouddha), est un recueil de trente-quatre discours ou enseignements (sutta) faisant partie du Sutta-pitaka (Corbeille des enseignements) 

     

    Le Cakkavatti-Sihanāda-sutta (« Le roi qui met en marche la roue ») est le vingt-sixième de ces discours. 

     

    Ce recueil fait partie du canon pali du bouddhisme théravadin (« du sud »). 

     

     

     

    Référence :

     

    Dīgha-nikāya (recueil des 34 longs suttas). Le premier livre du Sutta-pitaka. Tome III

     

    Traduction Môhan Wijayaratna

     

    Editions LIS, Paris, 2008

     

     

     

    §1 Le récit.

     

     

     

    Le récit qui nous intéresse ici est, dans le sutta 26, un récit mythique de déchéance de l’humanité, faisant suite à un Âge de perfection auquel présidait la Roue précieuse.

     

     

     

    Après des « milliers de longues années », la Roue précieuse a bougé. Le roi l’apprenant devint renonçant, et laissa la royauté à son fils aîné.

     

    La Roue précieuse disparut. Le nouveau roi fut triste. Mais il ne demanda pas de conseils à son père, il gouverna « selon ses propres idées».

     

    La Roue n’est plus là, c’est la fin d’une sorte d’Age d’Or, le début d’un cycle historique de déchéance.

     

    Le Roi demanda des conseils à ses conseillers. « Les ayant écoutés, il organisa la sécurité et le bien-être de ses sujets. Mais il ne donna pas de richesse à ceux qui n’en avaient pas. Lorsqu’une richesse n’a pas été donnée aux gens démunis, la pauvreté fut augmentée. Lorsque la pauvreté fut augmentée, un homme prit avec l’intention de voler, quelque chose appartenant aux autres. »

     

    Le mal de troisième fonction, le vol, est entré dans le monde.

     

    Le voleur étant attrapé et amené devant le roi, il s’expliqua et le roi bienveillant lui « donna de la richesse » avec des bons conseils pour l’employer. Evidemment, ce comportement multiplia les vols et le roi finit par réagir, par la répression. Il fit couper la tête au voleur qu’on lui amena. Alors les gens se dirent qu’il convenait en effet de réagir au vol par la violence, ils s’armèrent, ils tuèrent les voleurs.

     

    Le mal de seconde fonction, la violence meurtrière, est entré dans le monde. Il ne s’arrête évidemment pas à la violence défensive et répressive. 

     

    « Ainsi, ils produisirent des armes tranchantes. Puis, ils saccagèrent des villages ; de même, ils saccagèrent des bourgades ; de même, ils saccagèrent des villes ; de même ils firent du banditisme de grand chemin ».

     

    C’est ici que se produisit la première dégradation vitale : « la durée de vie des enfants de ceux qui avaient une durée de vie de quatre-vingt mille ans s’abaissa à quarante mille ans. »

     

    Il advint ensuite qu’un voleur amené devant le roi et sachant la sanction à venir nia sa culpabilité. Le roi lui demanda s’il reconnaissait avoir volé. « En répondant il proféra un mensonge délibéré : " Non, Sire" ».

     

    Le mal de première fonction, le mensonge, est entré dans le monde. 

     

    « La durée de vie des enfants de ceux qui avaient une durée de vie de quarante mille ans s’abaissa à vingt mille ans. »

     

    Dans le dernier sketch du voleur et du roi, le voleur qui nie a contre lui un accusateur « un autre homme proféra une parole médisante devant le roi : "Cet homme, Sire, a pris, avec l’intention de voler, une chose appartenant aux autres "».

     

    Le mal de quatrième fonction (aryamanique), la médisance, est entré dans le monde. La médisance, c’est la communication comme attaque envers autrui (qui n’est pas forcément une calomnie).

     

    « Lorsque les paroles médisantes furent augmentées […] la durée de vie des enfants de ceux qui avaient une durée de vie de vingt mille ans s’abaissa à dix mille ans. »

     

    Le récit ne connaît plus d’épisode du roi et du voleur. Le dernier épisode semble avoir lâché la bonde à tous les péchés : « relations sexuelles illicites » « paroles rudes et paroles frivoles », « avidité et aversion ». « La durée de vie  s’abaissa à cent ans ».  

     

    On est arrivé visiblement dans notre déplorable monde présent. Cela ira de mal en pire.

     

    « Il y aura, ô bhikkus, une époque où ces êtres humains auront des enfants dont la durée de vie sera de dix ans. […] les filles de cinq ans seront aptes à se marier. Parmi les êtres humains qui ont une durée de vie de dix ans, les bonnes choses savoureuses telles que : beurre fondu, beurre, huile de sésame, miel et sel ne se trouveront plus [ …] le meilleur repas sera constitué de graine kudrūsa. » Le monde moral va déchoir comme le monde matériel. Les normes sexuelles disparaîtront, l’aversion et le mépris mutuels régneront. Finalement « il y aura une semaine dite "la période des armes", et pendant ces sept jours, chez les êtres se produira "la notion de daims". Les armes se trouveront dans les mains de chacun. Ainsi ils se tueront l’un l’autre en se disant "voici un daim", "voici un daim". »

     

    « Parmi ces gens-là, ô bhikkus, chez certains individus viendra cette réflexion : "Que nous ne tuions personne. Que personne ne nous tue. Que nous allions vivre dans un bosquet ou dans un bois ou dans une forêt ou dans une île entourée de rivières, ou dans une caverne d’un rocher dur, et là-bas vivons avec des racines et des fruits. " »

     

     Il y aura ainsi un reste de l’humanité. Ce reste progressera dans la voie de l’éthique bouddhique, sa durée de vie augmentera, etc, [1] et cela finira par un nouvel Age d’or. Alors « naîtra dans le monde un Bienheureux nommé Metteyya » ; soit en sanscrit Maitreya.

     

     

     

    §2 Une série quadrifonctionnelle.

     

     Il y a dans le récit de la déchéance de l’humanité quatre épisodes du roi et du voleur, qui forment série, et cette série est clairement quadrifonctionnelle

     

    F3 arrivée du vol

     

    F2 arrivée de la violence

     

    F1 arrivée du mensonge

     

    F4 arrivée de la médisance

     

    La médisance, qui encore est encore un péché non évidemment anti-social – après tout, il s’agit de dénoncer un délinquant - constitue le dernier terme parce qu’elle marque l’arrivée de la dernière des fonctions. Ensuite, c’est l’effondrement des normes, qui est une forme non ambiguë, elle, de quatrième fonction.

     

     

     

     

     

     

     



    [1]   Le processus est inversé. Mais il n’y a pas de sketch du type « le roi et le voleur », propice à une structuration fonctionnelle.

     

     


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  • Palette quadrichrome des Indo-Européens.

     

    Révision 1          2017-05-24

     

     

     

    Ceci est un complément au livre :

     

               Pierre & André SAUZEAU

     

               La Quatrième Fonction

     

    Altérité et marginalité dans l'idéologie des Indo-Européens

     

    Paris, Belles-Lettres, 2012         (collection "Vérité des mythes" )

     

    et plus particulièrement au chapitre V : « Le système des couleurs et les fonctions dans l’univers mental des Indo-Européens ».

     

     

     

    Les couleurs fondamentales indo-européennes.

     

     

     

    Notre étude nous amène à restituer un système indo-européen de quatre couleurs fondamentales, blanc, rouge, « syame » et « chlore ». Nous essayons ici de donner des représentations figurées de cette « palette ».

     

     

     

    Le problème est évidemment que l’espace de la couleur proprement dite est à trois dimensions, et que ceci rend difficile la représentation graphique. Nous avons choisi de ne pas prendre en considération la dimension de saturation, et nous ramènerons la description à deux dimensions, teinte et luminosité.

     

     

     

    Bien entendu, la partition en quatre couleurs fondamentales que nous représentons ne prétend qu’à proposer une approximation - on ne pourra jamais tester les membres des plus anciennes communautés indo-européennes.

     

    Rappelons d’ailleurs que les études modernes montrent une grande variabilité à l’intérieur même d’une population.

     

     

     

    Représentation circulaire de la quadrichromie indo-européenne restituée.

     

     

     

    Nous avons dessiné un schéma qualitatif, inspiré du système colorimétrique Teinte-Saturation-Luminosité (TSL) - en anglais Hue-Saturation-Lightness (HSL); en nous réduisant, comme nous l’avons dit, à la teinte et la luminosité (clarté). Pour cela nous ne considérons que les couleurs élémentaires de saturation maximale (le schéma ne prend donc pas en considération les gris, de saturation très faible).

     

     

     

    La teinte est codée en coordonnées angulaires. A chaque teinte élémentaire correspond un angle sur le cercle des teintes. Ainsi, en comptant les angles dans le sens positif (inverse de celui des aiguilles de la montre)

     

    ·       teinte rouge typique : 0° (ou 360° , évidemment)

     

    ·       teinte jaune typique : 60° 

     

    ·       teinte verte typique : 120

     

    ·       teinte bleue typique : 240° .

     

    La luminosité (clarté) varie radialement, du centre noir à la circonférence blanche ; la représentation ici est qualitative.

     

     

     

    Les noms de couleurs occidentales indiquées en italiques doivent permettre au lecteur de se repérer ; il va de soi qu’elles n’entendent pas renvoyer à des concepts universels.

     

    Palette quadrichrome des Indo-Européens

     

     

     

    Représentation à partir de la palette WCS.

     

    Palette quadrichrome des Indo-Européens

     

     

     

    La palette WCS (WCS stimulus array), ci-dessus, représente les items colorés du système colorimétrique Munsell utilisés par les ethnographes du World Color Survey - entreprise d’étude ethnographique mondiale des systèmes de couleurs, lancée notamment pour tester les thèses de l’école de Berlin & Kay. Si on met à part la barre des couleurs « achromatiques », blanc-gris-noir, placée à gauche, le reste du diagramme correspond aux différentes teintes à leur maximum de saturation et avec une luminosité variable. L’axe vertical est celui de la luminosité, l’axe horizontal correspond aux différentes teintes.

     

     

     

    Les réponses des sujets de l’enquête permettent de tracer la limite des différentes couleurs fondamentales de leur propre système, et de déterminer, pour chacune de ces couleurs, la nuance qui leur semble typique, le « foyer » de cette couleur.

     

     

     

    Nous utiliserons quant à nous cette palette WCS pour visualiser notre restitution de la partition indo-européenne en quatre couleurs fondamentales.

     

    Le diagramme suivant ne représente que les nuances « teintées », réparties (très approximativement) selon les couleurs indo-européennes restituées.

    Palette quadrichrome des Indo-Européens

     

     

     

    Pour les couleurs « achromatiques », il va de soi que le blanc pur est C 1, et que le noir comme les gris foncés relèvent du syame C 3 ; les gris clairs relèvent sans doute du chlore C 4.

     

     

     

    La partition pourra sembler « peu naturelle » à beaucoup de lecteurs. Il faut évidemment se défier d’une telle réaction. Nous sommes en général si habitués à un système donné de couleurs fondamentales, qui nous a été inculqué dans l’enfance, que nous avons du mal à vraiment accepter qu’il y en existe d’autres.

     

     

     

    Ceci dit, si les études ethnographiques ont montré que beaucoup de peuples « réunissaient le bleu et le vert » (83 cultures sont dans ce cas, sur les 122 étudiés dans le cadre du World Color Survey), l’existence d’une couleur fondamentale couvrant là la fois le jaune et largement le vert est beaucoup plus rare, au point que Berlin & Kay en avaient initialement exclu la possibilité. Les études ethnographiques ultérieures ont montré que le cas, s’il était rare, existait néanmoins de façon irréfutable (3 cultures seulement parmi les 122 du WCS, mais il y en a d’autres en dehors de ce panel).

     

    La palette indo-européenne quadrichrome telle que nos études la restituent correspond donc à un cas de figure rare, mais nullement aberrant.

     

     

     

    Dans la culture occidentale, trois couleurs fondamentales, les couleurs « froides », vert, bleu, violet, sont définies sans tenir compte de la luminosité (clarté). Ce qui fait souvent affirmer (de façon un peu exagérée) que la culture occidentale « privilégie la teinte ». Deux des quatre couleurs de la palette indo-européenne restituée,  le chlore et le syame, s’étalent sur une large gamme de teintes et dépendent fortement de la luminosité. Ceci, pour le coup, n’a rien de rare ethnographiquement pour un système à quatre couleurs fondamentales. 

     


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  • Luna Lovegood et les amis de Harry Potter

     

     

     

    A.S. 2017-05-23

     

     

     

     

     

    §1 La trame du cycle pottérien oppose Harry Potter, aidé de ses amis, à Voldemort; la logique fonctionnelle veut que ce groupe combattant soit de seconde fonction, donc Gryffondor; mais comme il faut que ce groupe représente l’ordre F1+2+3 on aboutit à une répartition fonctionnelle à l’intérieur du groupe lui-même. Cet effet gigogne, on le sait, se rencontre aussi dans le Mahâbhârata, où les frères Pandavas, tous kshatriyas (guerriers), donc de seconde fonction (F2), expriment en même temps différenciellement les fonctions F1, F2 et F3 (Dumézil, ME1: 53-102). Si l’on met à part Harry Potter, héros royal synthétique, le groupe protagoniste inclut Ron Weasley, personnage F2 tout à fait typique, mais aussi Hermione Granger, intelligente, érudite, sérieuse et sage, qui par là aurait pu se faire assigner à Serdaigle; un terme F1donc..

     

    A ce trio se joint souvent le jeune Neville Londubat (en v.o. Longbottom). C’est un personnage sérieux, humble, serviable, docile, plein d’admiration pour les exploits des héros, mais timide et craintif. On voit là le rôle qui peut être attribué à un personnage F3 dans un récit d’aventures héroïques. Cette fonctionnalité est confirmée par la matière préférée de Neville, la botanique (magique), en v.o. herbology. On sait le lien en mythologie indo-européenne de la troisième fonction et des plantes ; lien confirmé d’ailleurs, dans le récit pottérien même, par le fait que la Directrice de la Maison Poufsouffle, de troisième fonction, Pomona Chourave (en v.o. Pomona Sprout), enseigne justement la botanique (magique).[1]

     

    Neville est catastrophiquement maladroit, ce qui est une des façons possibles de  marquer l’inadéquation de F3 au rôle héroïque.

     

    Neville se révèlera pourtant un héros, bien sûr, c’est un Gryffondor et le Choixpeau magique ne saurait se tromper: son peu de compétence dans le combat magique ne l’empêchera pas de sauver Harry Potter à la fin de l’Ordre du Phénix (OP: 899-900; chap. 35), et, au dénouement du cycle, il tranchera la tête de l’atroce serpent Nagini, sorte de double animal de Voldemort (RM: 783; chap. 36). 

     

    Le groupe des amis d’Harry forme donc, jusqu’à l’Ordre du Phénix, une structure trifonctionnelle :

     

    ·      Harry Potter,  terme royal, synthétique

     

    ·      Hermione Granger, terme de première fonction (F1)

     

    ·      Ron Weasley, terme de seconde fonction (F2)

     

    ·      Neville Londubat, terme de troisième fonction (F3).

     

    Mais dans l’Ordre du phénix un cinquième personnage s’adjoint au groupe, la marginale Luna Lovegood, dont on peut considérer qu’elle « hérite » d’une partie du domaine aryamanique de la mythologie indo-européenne. Nous avons dans La Quatrième Fonction, chapitre XVII, caractérisé un complexe idéologique panico-aryamanique regroupant ce qui est lié à l’échange, à la communication et au mouvement; avec un pôle proprement aryamanique dont sont proches l’intelligence créative et/ou impulsive, l’esprit critique, l’inventivité technique, et la communication, y compris  avec l’Autre Monde. Dans la mythologie grecque on aura ici les figures d’Hermès et de Prométhée.

     

     

     

    §2 Qu’en est-il, dans le monde d’Harry Potter, de ce qui constituait chez les Indo-Européens le domaine aryamanique ?

     

     L’inventivité technique n’est pas rejetée, le personnage d’Arthur Weasley est sympathique. Simplement ses dangers sont reconnus : la « voiture volante », fruit du bricolage d’Arthur Weasley, qui joue un rôle important dans la Chambre des Secrets, manque de tuer Harry Potter et Ron Weasley. La leçon implicite est que le progrès technique doit être maîtrisé. C’est la même leçon que pour le capitalisme entrepreneurial, incarné par les jumeaux Weasley. Il n’y a pas identification entre les deux phénomènes, mais ils sont considérés de la même façon, comme des aspects de l’esprit explorateur et aventureux de l’homme, et pour cela rattachés tous deux à la famille Weasley, la famille Gryffondor type, représentant la seconde fonction.

     

     L’intelligence critique, comme on pouvait s’y attendre chez une disciple des Lumières, est chez Rowling inséparable de l’ordre sous son aspect intellectuel et moral, incarné dans le groupe des amis d’Harry Potter par le terme F1 de ce groupe, Hermione Granger. On remarque que si le texte attribue à la jeune fille bien des défauts typiques de l’intellectuel selon les Lumières, il ne lui impute aucun des traits péjoratifs dont la pensée conservatrice affuble volontiers l’intellectuel critique : le ressentiment, l’envie, la bassesse. Hermione n’est d’aucune façon une contestataire à la Gollum.[2]

     

     Le domaine aryamanique de la haute antiquité indo-européenne relevait de la quatrième fonction. Chez Rowling de grands secteurs sont rattachés à F1 et F2. Reste pourtant une partie qui n’est pas intégrable aux fonctions d’ordre, et qui est représentée par Luna Lovegood et son père.

     

    Ces personnages correspondent à une communication qui, en bien ou en mal, échappe à tout "ordre", que ce soit. D’abord en référence au journal du père, Xénophilius Lovegood, le Chicaneur : on y trouve n’importe quoi, rumeurs, informations fantaisistes, calomnies délirantes, bobards ; mais c’est pourtant ce journal, finalement, qui révèle la vérité sur le retour de Voldemort (OP: 650 ; chap. 26). Ensuite Luna Lovegood elle-même relève du non-ordre communicationnel par plusieurs de ses aspects, que ce soit par sa foi en des « informations » qu’Hermione nous dit être des élucubrations, par ses propos loufoques, mais aussi par son « talent pour dire des vérités gênantes » (PSM: 346 ; chap. 15).

     

     

     

    §3 En fait, si l’on considère la série que constitue le groupe des compagnons d’Harry Potter, on constate que Luna Lovegood, en s’agrégeant à ce groupe, lui donne une structure quadrifonctionnelle :

     

    ·      Harry Potter – terme synthétique (royal)

     

    ·      Hermione Granger – F1

     

    ·      Ron Weasley – F2

     

    ·      Neville Londubat – F3

     

    ·      Luna Lovegood – F4.

     

    Luna est mentalement un peu « bizarre » (« lunatic », diraient les Anglais, d’où son prénom), tenue à l’écart par ses camarades d’école, cible de méchantes plaisanteries; c’est un membre tardif du groupe des amis d’Harry, et un membre « hétérogène » d’ailleurs puisque n’appartenant pas à Gryffondor ; bref, c’est un personnage marginal, ce qui convient au terme F4 d’une série indo-européenne.

     

     

     

    §4 Chez Rowling le domaine aryamanique s’est réduit, en termes sociaux, à la partie « désordonnée » de la communication, domaine ambigu, qu’on ne peut rejeter purement et simplement, car dans ce n’importe quoi peuvent trouver place des vérités que l’Etablissement veut étouffer. 

     

     Ce domaine est représenté dans le mythe pottérien par Le Chicaneur, le journal de Xénophilus Lovegood, le père de Luna, et dont celle-ci est tout à fait solidaire.

     

    Ce journal nous est présenté dans l’épisode où Harry en lit pour la première fois un exemplaire (OP, p 219-220, chap. 10). Harry a  lu d’abord  un article aberrant sur Sirius Black.

     

    « Lorsqu'il eut achevé sa lecture, Harry contempla la page d'un air incrédule. Il s'agissait peut-être d'une plaisanterie, pensa-t-il, peut-être était-ce un magazine spécialisé dans le canular. Il revint quelques pages en arrière et trouva l'article consacré à Fudge.

     

    Cornélius Fudge, le ministre de la Magie, a démenti avoir eu le projet de prendre la direction de Gringotts, la banque des sorciers, lorsqu'il a été élu à son poste, il y a maintenant cinq ans. Fudge a toujours répété qu'il souhaitait simplement « coopérer pacifiquement » avec les gardiens de notre or.

     

    MAIS EST-CE BIEN VRAI ?

     

    Des sources proches du ministre ont récemment révélé que la plus chère ambition de Fudge serait de s'assurer le contrôle des réserves d'or des gobelins et qu'il n'hésiterait pas pour cela à employer la force si nécessaire.

     

    «D'ailleurs, ce ne serait pas la première fois, déclare un membre du ministère. Les amis de Cornélius Fudge l'ont surnommé l'Éventreur de gobelins. Si vous entendiez ce qu'il dit lorsqu'il se croit à l'abri des oreilles indiscrètes ! Il ne cesse de parler des gobelins qu'il a tués de toutes les manières possibles : il les a noyés, jetés du haut d’un immeuble, empoisonnés, il en a même fait du pâté en croûte... »

     

    Harry n'alla pas plus loin. Fudge avait sans doute beaucoup de défauts mais il n'arrivait pas à l'imaginer donnant l'ordre de faire un pâté de gobelin. Il feuilleta le reste du magazine et découvrit divers articles : une accusation selon laquelle les Tornades de Tutshill étaient en train de gagner le championnat de Quidditch en combinant chantage, sabotage de balais et actes de barbarie.

     

     Une interview d'un sorcier qui prétendait avoir volé jusqu'à la lune sur un Brossdur 6 et en avoir rapporté un sac de grenouilles lunaires pour le prouver. […] En fait, comparée au reste des articles, la suggestion selon laquelle Sirius serait le chanteur du groupe Croque-Mitaines paraissait tout à fait raisonnable. »

     

     Ce domaine de la communication complètement désordonnée, il est difficile de ne pas penser qu’il renvoie, dans notre monde, à Internet.

     

     On retrouve alors dans le groupe des amis d’Harry Potter la relation préhistorique entre première fonction et quatrième fonction aryamanique, mais avec un sens bien différent : il ne s’agit plus de la communication/médiation aidant à la conciliation, mais de la communication Internet permettant de tourner les médias de l’Etablissement.

     

     Le mythe pottérien renvoie ici à un phénomène remarquable à l’orée du 21ème siècle, l’opposition des médias et d’Internet, avec deux exercices très différents du pouvoir : la mise en ordre orientée des informations contre le n’importe quoi : cette opposition se prête bien à une interprétation ordre/non-ordre selon la grille fonctionnelle indo-européenne. [3]

     

     

     

    §5 Luna Lovegood est dans le groupe des amis d’Harry Potter la seule personne à ne pas être membre de Gryffondor. C’est une autre marque de sa marginalité. Que ce soit une élève, psychiquement « bizarre », de la maison Serdaigle, la maison de la première fonction et notamment de l’intellectualité, semble signifier que la communication désordonnée trouve sa valeur comme une auxiliaire de la pensée.

     

     

     

    §6 Un autre point, spécifiquement épistémologique, est à considérer.

     

     Un des éléments majeurs de la tradition rationaliste issue des Lumières est la position critique envers le témoignage (A propos de la critique du témoignage dans la pensée des Lumières, voir la revue Dix-huitième siècle, n° 39, 2007/1). Si celui-ci n'est pas encadré par une méthodologie contraignante et pertinente, sa force probante est très faible, et la quantité ne fait rien à l'affaire: les superstitions les plus bizarres, les croyances les plus aberrantes  peuvent se réclamer de témoignages accumulés. Le niveau d'instruction générale ou les capacités intellectuelles ne sont d'ailleurs pas en l'espèce des paramètres décisifs. D'éminents savants se sont laissé tromper lors d'expériences « parapsychiques »: c'est la compétence d'un illusionniste qui sera alors pertinente par rapport aux trucages, pas celle d'un physicien. Le statut moral n'est pas non plus décisif: le témoignage d'une victime, d'un héros ou d’un saint ne doit pas échapper à la critique. D’autant que le témoignage faux peut relever de phénomènes psychiques bien différents du mensonge froid.

     

     La psychologie expérimentale a par ailleurs confirmé dans son domaine d'étude la légitimité de la méfiance envers le témoignage.

     

      Cela ne l’a nullement empêché de prendre une place privilégiée dans le paysage idéo-médiatique contemporain. Il y a eu sans doute le poids culturel du monde anglo-saxon, dont le système judiciaire donne un rôle central au témoignage[4]. Les campagnes dénonçant les abus sexuels ont contribué à l'exalter. « On doit attribuer aux témoignages des enfants autant de crédibilité qu'à ceux des adultes », a déclaré naguère en substance une importante personnalité politique française, et bien sûr il s'agissait dans son esprit d'égaliser les crédibilités à un haut niveau, par principe.  

     

     Plus profondément, la sphère médiatique donne presque inévitablement une place considérable au témoignage : d’une part il constitue une matière première directement utilisable avec un fort rendement émotionnel, d’autre part c’est un instrument de pouvoir dans le contexte communicationnel contemporain : un témoignage peut être biaisé ou complétement faux, mais les médias qui le citent ne peuvent être accusé d’émettre une  contre-vérité - ils disent la vérité sur le témoignage.

     

     Le conflit entre le rationalisme et la foi dans le témoignage est mis en scène par Rowling dans la « prise de bec » entre Hermione et Luna, à propos des supposés Héliopathes (OP:392 ; chap. 16) :

     

    «      C’est quoi, des Héliopathes ? demanda Neville, intrigué.

     

     Ce sont des esprits du feu, répondit Luna, dont les yeux exorbités s’arrondirent en lui donnant l’air plus fou que jamais, de grandes créatures enflammées qui galopent droit devant elles en brûlant tout sur leur passage …

     

     Ces créatures n’existent pas, Neville, affirma Hermione d’un ton acerbe.

     

     Si, elles existent ! protesta Luna avec colère.

     

     Je suis navrée, mais as-tu la preuve de leur existence ? demanda Hermione.

     

     Il y a plein de témoignages. Tu es tellement bornée qu’il faut toujours tout te mettre sous le nez pour que tu y croies …. »

     

     

     

    §7 L’ARYAMAN indo-européen présidait aux communications avec les Autres Mondes, avec le monde des dieux (le Prométhée grec institue les sacrifices selon Hésiode, Théogonie, v 535-560), avec le monde des morts (Aryaman en Inde, Hermès en Grèce). On ne s’étonne donc pas que le personnage aryamanique du mythe pottérien, Luna Lovegood, soit présent et moralement agissant au moment où le héros protagoniste, Harry Potter, va affronter la mort comme problème existentiel, à l’occasion de la disparition de son parrain Sirius Black. Au chapitre 34 de l’Ordre du Phénix, Harry et ses compagnons, explorant le Département des Mystères, entrent dans une pièce particulièrement étrange (OP:867-9), avec au centre

     

    « un socle de pierre sur lequel reposait une arcade, également en pierre, qui paraissait si antique, lézardée, croulante, que Harry fut étonné qu'elle puisse encore tenir debout. Isolée, sans aucun mur pour la soutenir, elle encadrait un rideau noir en lambeaux, ou plutôt un voile qui, malgré la totale immobilité de l'air, ondulait très légèrement, comme si quelqu'un venait de l’effleurer.

     

    − Qui est là ? C'est toi, Sirius? demanda Harry [.. ] Personne ne répondit mais le voile continua de bouger.

     

    − Attention! murmura Hermione.

     

     [.. ]. L’écho [des pas d’Harry] résonna bruyamment lorsqu'il s'approcha du socle. [.. ] Le voile se balançait doucement comme si quelqu'un venait de le traverser.

     

     − Sirius? appela à nouveau Harry, en parlant moins fort, maintenant qu'il était tout près.

     

    Il avait l'impression très étrange que quelqu'un se tenait der­rière le voile, de l'autre côté de l'arcade. […]

     

    − Allons-nous-en, dit Hermione qui était descendue jusqu’au milieu  des gradins. Il y a quelque chose de bizarre, ici, viens, Harry, partons.[…]  Il venait d'entendre quelque chose. Un faible murmure s’élevait derrière le voile.

     

    − Qu'est-ce que tu dis? demanda-t-il à haute voix.

     

    Ses paroles se répercutèrent en écho sur les gradins de pierre.

     

    − Personne n'a rien dit, Harry ! répondit Hermione qui s'était rapprochée.

     

    − On entend murmurer quelqu'un derrière ce rideau, assura-t-il en s'éloignant d'elle.  […].

     

    − Moi aussi, je les entends, dit Luna dans un souffle.

     

    Elle les rejoignit à côté de l'arcade et contempla le voile qui ondulait toujours.

     

    − Il y a des gens, là-dedans!

     

    − Qu'est-ce que tu veux dire par là-dedans? Interrogea Hermione en sautant de la dernière marche.

     

    Elle paraissait beaucoup plus en colère que ne le justifiaient les circonstances.

     

    − Il n'y a pas de là-dedans, c'est une simple arcade. Elle n'est pas assez grande pour y mettre quelqu'un. Harry, arrête ça, sortons d'ici...

     

    Elle lui saisit le bras et voulut l'entraîner mais il résista. »

     

    Comme le souligne Ken Jacobsen (Vision : §3.11), l’arcade est un évident symbole de la Mort, et c’est de l’existence au-delà de la Mort, ou plus généralement du sens de la Mort, qu’il s’agit. Hermione refuse de s’y intéresser, trouve tout intérêt à ce sujet oiseux ou dangereux. Harry, le héros royal, synthétique, soit d’un certain point de vue l’homme tout court, hésite. Face à au rationalisme étroit d’Hermione, Luna représente le point de vue antagonique. « La scène, commente Ken Jacobsen, est un affrontement structuré de très belle façon entre les points de vue religieux et profane ».

     

    Certes, le lecteur a vu les deux jeunes filles s’opposer intellectuellement en bien des occasions, et a pris l’habitude de faire confiance au savoir et à l’intelligence d’Hermione, la Raison incarnée, plutôt qu’aux divagations de Luna. Pourtant il est clair que Rowling, en l’occurrence, pousse le lecteur à s’interroger - en insistant, par exemple, sur le malaise d’Hermione. Nous avons cité la « prise de bec » entre les deux jeunes filles dans le pub « A la tête de sanglier », à propos des supposés Héliopathes (OP: 392). Dans ce passage c’est Luna qui se met en colère, qui apparaît donc déstabilisée, tandis que dans l’épisode de l’arcade mystérieuse on voit Hermione « beaucoup plus en colère que ne le justifiaient les circonstances ». 

     

    Il y a peut-être des domaines où la raison humaine trouve ses limites, où l’ « intuition » et une sorte de « foi » doivent prendre le relais; où, sans céder à la déraison, nous devons nous remettre à une pensée plus « ouverte ». C’est ce qu’exprime le personnage de Luna, appartenant à Serdaigle, la maison de première fonction (de la pensée), mais constituant le terme de quatrième fonction de la série des amis d’Harry Potter ; une position qui a ici un sens d’ « ouverture » par rapport à un ordre mental qui se recroquevillerait sur le « positif » .

     

     

     

    §8 On ne peut qu'approuver l'analyse d'Antosha  (Luna’s Place). Elle observe que Luna, c’est « Hermione dans le miroir ». Même physiquement: la blonde s’oppose à la brune. Les deux jeunes filles sont « cérébrales », mais pensent selon des modes différents. Luna « incarne tout ce qui manque à Hermione : l’intuition et la foi. Non pas la Foi avec un F majuscule [l’œuvre de Rowling ne prêche pas pour une religion], mais la foi, avec un f minuscule, dans la possibilité d’un monde fonctionnant selon des lois qui dépassent les limites des simples physique, chimie et biologie ».

     

    1.       

     

    §9 Luna incarne, plus largement, l’ouverture aux préoccupations métaphysiques, et si le personnage tel qu’il est décrit amène à se défier de la divagation, il ne pousse pas réellement à un rejet de cette ouverture. Si Rowling se rattache aux Lumières, ce n’est pas à des Lumières voltairiennes ou holbachiques. 

     

     

     

    §10 Luna est certes, plus qu’à son tour, ridicule. Mais, en même temps, sa (sous-) créatrice prend soin de nous montrer que son intuition peut être puissante : dans les Reliques de la Mort, Luna reconnaît  Harry, pour « son expression » (RM:154 ; chap. 8), alors même que celui-ci, grâce au Polynectar, a pris l’aspect d’un « jeune Moldu aux cheveux roux qui habitait le village voisin ».  Luna a ainsi le pouvoir de discerner des réalités profondes, non accessibles au fonctionnement ordinaire de l’esprit humain.

     

     

     

    §11 Que la foi par opposition à une sagesse purement humaine soit assignée à la quatrième fonction peut se retrouver en divers contextes, où la foi et l’inspiration seront F4 comme extérieures à un ordre purement humain, comme communications avec l’Ailleurs. Chez Rowling cela s'accorde à la conception des Lumières selon laquelle l'ordre se fonde sur des universaux, comme la raison; l'intuition et la foi, étant a-rationnelles, relèvent alors du non-ordre. Mais la foi chez Rowling fait partie de F4 interne, puisque Luna est membre du groupe des amis d’Harry Potter. Cela signale que Rowling relève d’une variante ouverte des Lumières, acceptant la foi et l’intuition comme compléments, hasardeux mais nécessaires, de la raison.

     

     

     

    §12 Pour les Lumières du dix-huitième siècle la démarcation entre le domaine de la raison et celui de la foi (de l’intuition, du sentiment, du cœur …) ne place pas forcément dans le second la question de l’ « existence de Dieu ». Beaucoup d’esprits « éclairés » intègrent alors leur croyance en Dieu dans un système rationnel : d’une part ils considèrent que les aspects ordonnés du monde, et notamment les merveilles d’organisation fonctionnelle des êtres vivants, constituent une preuve raisonnable de l’existence d’une intelligence organisatrice ; d’autre part ils estiment que la  morale exige une croyance en un Dieu « rémunérateur et vengeur » (l’exige intellectuellement pour que soient compensées ultimement les injustices de ce monde, l’exige socialement pour que les méchants soient réfrénés par la crainte de sanctions en un autre monde). Au-delà des croyances particulières des juifs, des mazdéens, des chrétiens, des musulmans, appuyées sur l’autorité et la tradition (ou de celles des païens anciens, qui adoraient en Jupiter un dieu suprême), il y a une croyance fondamentale en une divinité personnelle (un Dieu doté d’intelligence et de volonté) qui peut s’appuyer sur un discours rationnel.

     

     Deux siècles après, ces fondements du « théisme rationnel » ont perdu toute solidité.

     

     Le contact avec l’Asie Orientale a appris aux Occidentaux que le monothéisme n’était pas universel, fût-ce comme virtualité; que les brillantes civilisations et les immenses masses humaines relevant de l’hindouisme et du bouddhisme n’avaient pas eu besoin de supposer un Dieu suprême créateur, organisateur et justicier, et qu’il ne s’agissait certes pas d’une exigence absolue de l’intellect humain.

     

     La géographie a aussi enseigné que le respect des normes éthiques couramment reconnues dans notre monde était très peu corrélé à l’option métaphysique dominante: dans les sociétés de l’aire atlantique il n’apparaît pas de corrélation entre la puissance de la croyance en un Dieu qui a commandé « Tu ne tueras pas » et la fréquence du meurtre.

     

     L’histoire contemporaine ne nous montre pas davantage de lien entre les crimes de masse commis par les sectes totalitaires et leur position métaphysique, n’en déplaise à ceux qui pointent le matérialisme des communistes et l’anti-christianisme des nazis – qui d’ailleurs n’était pas un anti-théisme. Les communistes roumains étaient-ils pires que leurs ennemis, les totalitaires férocement antisémites de la Garde de Fer, qui se réclamaient hautement du christianisme et s’appelaient eux-mêmes la Légion de l’Archange Michel ? ceux-ci étaient chrétiens orthodoxes, mais les fascistes croates, les Oustachis, étaient catholiques romains. Le protestantisme allemand n’a certes pas été immunisé contre le nazisme – jusqu’à donner les « Chrétiens Allemands ». Les sectaires assassins d’Al-Qaïda ou de Daesh sont des musulmans sunnites dévots. Etc …

     

     Quant à la preuve de l’existence de Dieu par la nature, elle a été battue en brèche par le darwinisme: le jeu du hasard et de la sélection naturelle peut fournir une explication à l’adaptation des organismes vivants, sans faire appel à une transcendance organisatrice. Le hasard et la nécessité suffisent. Darwin ne démontre certes rien contre Dieu, mais il permet à la raison de s’en passer.

     

     Le théisme rationnel a perdu ses fondements. Il en résulte qu’à l’époque contemporaine pour les esprits se rattachant aux Lumières, Dieu ne peut relever que du domaine de la foi et de l’intuition – la question cruciale étant alors de savoir si on reconnaît une légitimité à ce domaine. C’est une réponse positive que Rowling propose, subtilement, à cette question de légitimité.

     

     

     

    §13 La pensée de Rowling est un étrange surgeon des Lumières dans le monde contemporain. Il est curieux que pour cela le discours de l’écrivaine s’appuie sur une structure quadrifonctionnelle venue de la plus haute antiquité indo-européenne. Car avec l’adjonction de Luna, l’ensemble des amis d’Harry Potter constitue une belle série quadrifonctionnelle.

     

     Nous avons vu que les Maisons de Poudlard constituaient également une série quadrifonctionnelle. Mais il faut noter qu’il n’y a pas correspondance: la marginalité de Serpentard parmi les Maisons est éthique, la marginalité de Luna parmi les amis d’Harry est intellectuelle.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    REFERENCES

     

     

     

    LE  CYCLE  D’HARRY  POTTER  par J. K.  ROWLING

     

     

     

    ES    Harry Potter à l’école des sorciers , cité dans la réédition 2000, Gallimard

     

     

     

    CS    Harry Potter et la Chambre des Secrets, cité dans la réédition 2000, Gallimard

     

     

     

    PA    Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, cité dans la réédition 2000, Gallimard

     

     

     

    CF    Harry Potter et la Coupe de Feu, 2000, Gallimard

     

     

     

    OP    Harry Potter et l’Ordre du Phénix, 2003, Gallimard

     

     

     

    PSM    Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, 2005, Gallimard

     

     

     

    RM    Harry Potter et les Reliques de la Mort, 2007, Gallimard

     

     

     

    AUTRES REFERENCES

     

     

     

    ANTOSHA  

     

    Luna’s Place         Luna’s Place in the Expanding Circle of Friends

     

    2004 ; sur INTERNET, Harry Potter Lexicon, Essays

     

     

     

    DUMEZIL (Georges)

     

    ME1  Mythe et Epopée I    1986 (1ère ed. 1968) 

     

     

     

    JACOBSEN (Ken) 

     

    Vision         « Harry Potter and the Secular City: The Dialectical Religious Vision of J.K. Rowling »

     

    Animus , vol 9, 2004

     

     

     

    SAUZEAU (Pierre & André)

     

    QFAMI La Quatrième Fonction. Altérité et marginalité dans l'idéologie des Indo-Européens  Paris, Belles-Lettres, 2012 

     

     

     

     

     



    [1] Son nom l’y prédisposait. Sprout, c’est en anglais la pousse, ou le chou de Bruxelles, et Pomona
    est la déesse romaine des fruits. Les noms chez Rowling sont volontiers prédictifs, ce dont certains
    critiques se sont indignés au nom de la vraisemblance …  

     

    [2] Il n’y a qu’un seul domaine où Hermione puisse être accusée de quelque jalousie ou ressentiment, c’est lorsqu’il s’agit de beauté féminine et d’attractivité érotique, et cela n’est pas présenté comme relevant de son esprit critique ; plutôt de la perturbation de la raison critique par de trop fortes préoccupations personnelles. 

     

    [3] L’opposition médias / Internet a pris récemment dans les sociétés nord-atlantiques une corrélation politique : les « médias au service des élites » contre « Internet, ses "fake news" et son complotisme, au service des populismes ». Mais les romans pottériens sont antérieurs à cette nouvelle grille politique, et ne peuvent être interprétés à travers elle. Plus généralement, toute appréciation de la position du mythe pottérien par rapport au « « problème politique » doit tenir compte de ce qu’il a été écrit de 1997 à 2007, soit dans le créneau qui a séparé l’époque où la démocratie représentative affrontait des adversaires qui en contestaient le principe (fin symbolique avec la chute du mur de Berlin en 1989) et celle où elle a affaire à des « populismes » qui attaquent son authenticité.

     

    [4]  La série télévisée Les experts et ses dérivés ont peut-être dû leur succès à ce qu'elles s'inscrivaient en sens opposé au rôle prédominant du témoignage humain. Politiquement, on remarque que les analyses ADN qui ont mis en évidence des erreurs judiciaires multiples (et en auraient décelé encore davantage si tous les échantillons pertinents avaient été conservés) ont finalement eu aux Etats-Unis un effet idéologique limité. La confiance dans le système judiciaire en vigueur et dans l’hégémonie du témoignage ne semble pas avoir été sérieusement ébranlée (et l’argument contre la peine capitale tirée de son irréversibilité ne semble pas avoir tiré grand profit des multiples erreurs avérées).

     Noter que la foi dans le témoignage n’est pas le seul facteur épistémologique des erreurs judiciaires mises en évidence. On doit ajouter les raisonnements statistiques erronés et l’utilisation abusive de pseudo-sciences.

     


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